Rencontre le jeudi 4 juin 2026
Des pratiques d’entraide avec les personnes exilées


Planisphère des étoiles australes dressées par Nicolas-Louis de Lacaille, Atlas Coelestis, 1776

Rencontre à la MJC, Les Hauts de Belleville.

43 rue Borrego, 75020 Paris.

A partir de 18h30

Si les fascismes chaotiques d’une nouvelle espèce qui resurgissent partout ont quelque chose en commun c’est la haine de l’étranger, la haine de celles et ceux qui viendraient altérer une identité nationale fantasmatique. Depuis plusieurs décennies, les personnes étrangères qui arrivent en France sont ainsi la cible d’un arsenal législatif et policier sans cesse plus féroce et déshumanisant. Les textes se succèdent pour avaliser les pratiques administratives brutales et les multiples formes de la violence raciste – rafles dans les quartiers populaires, enfermement massif des « sans papiers », criminalisation des formes de survies. Les frontières sont gardées avec un hargne mortifère et les dispositifs, toujours plus sophistiqués, obligent désormais à risquer sa vie pour migrer. Noyées, étouffées, écrasées, torturées, exténuées, des dizaines de milliers de personnes sont mortes sur les routes de l’exil.

Contre cette fabrique juridique et policière de l’étranger-pauvre comme l’intrus absolu, il nous faut accueillir l’expérience de celles et ceux qui s’engagent dans le franchissement des frontières. Par nécessité souvent, mais encore au nom du droit imprescriptible à l’aventure du voyage qui ne saurait être refusé à certain·es et accordé à d’autres. Considérer donc ce que les voyageurs et les voyageuses peuvent nous apprendre, quels sont ces ailleurs qu’ils et elles transportent et qui contribuent à défaire l’intériorité asphyxiante instituée par les États nations.

On aimerait aussi donner à voir la multitude des expériences d’entraide et de soin qui, chacune de manière singulière, bricolent d’ores et déjà autrement, hors des cadres strictement humanitaires qui séparent plus ou moins les artisans de l’hospitalité et ses « bénéficiaires ». Expérimenter de nouvelles formes d’accueil et d’entraide qui fassent de l’hospitalité comme une légère variation atmosphérique.

C’est pour cela que, le 4 juin 2026, nous aurons le plaisir de vous faire entendre et partager la vie et les pratiques de deux collectifs d’entraide aux personnes exilées. Un premier collectif qui accueille des personnes en pleine campagne et un second qui, en pleine ville, s’organise pour scolariser des jeunes scrupuleusement mis au ban de l’école. Puis nous échangerons aussi avec des habitants d’un Foyer de jeunes travailleurs de Belleville, lié à la MJC des Hauts-de-Belleville, qui accueille cette rencontre. Qu’est ce qui se joue dans l’accueil ? Comment s’organiser pour que chacun·e cherche une place et des activités qui lui convienne ? Par quels fils invisibles passent l’entraide et l’égalité, inséparables de la singularité et la multiplicité des mondes ?

Les portes seront ouvertes dès 18h30 pour un prologue musical du duo Kristoff K.Roll élaboré à partir de récit de rêves de personnes exilées.

Les interventions commenceront à 19H30, nous entendrons alors :

Manon Gilbert qui vient du plateau des Millevaches pour nous raconter l’expérience de l’association Montagne Limousine Accueil Solidarité (MAS).

Mah Simpara, Pauline Ricard-André et Alhousseny Keita, respectivement bénévoles et élève de l’association « Droit à l’Ecole », raconteront les pratiques et le fonctionnement de l’association basée à Paris.

Hassiba El Massassi et des bénévoles de la MJC et du FJT raconteront les principes de réciprocité, de solidarités et d’entraides qui émanent de leur démarche d’accueil inconditionnel pour tous, y compris des personnes exilées (cuisines collectives, hébergement, bénévolat au sein de la structure…)

Karine Parrot, autrice d’Etranger (Éditions Anamosa) et membre du Groupe d’information et de soutien des immigré·es, introduira les interventions.

Ces échanges seront rythmés par des improvisations électroacoustiques du duo Kristoff K.Roll qui fera entendre poétiquement des récits de rêves d’exilé·es, mixés en direct à des matières sonores, tout autant électroniques que concrètes.

*

Les Hauts de Belleville est une association d’éducation populaire qui gère une MJC et un Foyer de jeunes travailleurs depuis 65 ans, dans le 20ᵉ arrondissement de Paris, conjuguant un esprit de mixité sociale, générationnelle et culturelle. Elle s’appuie sur les habitants, en particulier les jeunes, en s’impliquant dans une dynamique de travail en réseau au sein d’un territoire.

C’est un lieu de démocratie qui permet le débat et qui rend possible que des habitants, adhérents et usagers organisent des pratiques culturelles, des loisirs ou des formes diverses d’engagement, notamment au travers des arts, de la culture, des voyages, des échanges internationaux, de l’entraide, du sport, des solidarités, de l’organisation de manifestations et de spectacles vivants.

Kristoff K.Roll est un duo d’art sonore, composé de Carole Rieussec et J-Kristoff Camps, né en 1990 à Paris au sein des «arènes du vinyle», septet de platines tourne-disques. Ensemble et séparément, le duo glisse de l’acousmatique à l’improvisation et au théâtre sonore en passant par l’art radiophonique, l’installation, la performance, créant ainsi un archipel sonore.

« C’est entre les langues que nous rêvons et créons d’un même élan ».

Lors de cette soirée, iels improviseront avec des des récits de rêves d’exilé·es extraits de leur bibliothèque sonore de récits de rêves du monde : rêves d’exilé·es – de la jungle de Calais et d’ailleurs qu’iels mixeront en direct avec des paysages sonores, des matières électroniques et concrètes.

Le MAS ( Montagne Limousine Accueil Solidarité) est née suite au démantèlement de la jungle de calais en 2015 et à l’implantation de centres pour demandeurs d’asile sur le plateau de Millevaches. L’association qui lutte au jour le jour pour la libre circulation de tous et toutes et contre la mise au banc des personnes « en situation irrégulière » s’insère dans un tissu local d’une dizaine d’associations solidaires dont un réseau d’hébergement chez l’habitant·es. Elle est une des ramifications du Syndicat de la montagne limousine, réseau d’entraide et de luttes locales pour la défense des droits et la préservation des vies humaines et non humaines sur le plateau (aux côtés des branches foret, énergie, eau, agriculture, santé psy, grand âge, international, mobilité, logement, éducation)

Droit à l’école est une association qui cherche à assurer la scolarisation des mineur·es s exilé·es et isolé·es en France, qui ne sont pas encore pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance. Durant la longue période d’attente indéterminée de (non) reconnaissance de minorité par les tribunaux, ces jeunes sont exclu·es des établissements scolaires et ne bénéficient d’aucune aide. L’association intervient pour les aider à préparer leur future scolarité et à trouver une place dans un établissement scolaire. Les équipes chargées du suivi administratif et les professeurs bénévoles accueillent chaque année plus de 50 jeunes dans le dispositif de « l’école des sans écoles ». Depuis 2018, 400 jeunes ont ainsi été accompagné·es.

En lien avec d’autres associations de terrain, Droit à l’école milite et agit pour que ces jeunes soient accueilli·es dignement et puissent s’épanouir et s’émanciper dans un contexte de plus en plus ouvertement hostile aux personnes étrangères.


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